La French Touch n’est pas arrivé d’un coup, un
matin de 1997, quand sont apparus dans les bacs des disquaires le Homework des
Daft Punk et le Superdiscount d’Etienne de Crécy. Dès 1994, les bonnes productions
frenchies s’accumulent, salués par la critique. La French Touch est le fruit
de la rencontre entre artistes français, journalistes anglais et grands argentiers
des majors. La création , la critique, la production. Une rencontre très rapide
qui doit beaucoup au hasard (l’arrivée de l’Eurostar, formidable vecteur de
journalistes anglais dans la capitale française) et à l’intuition géniale de
quelques individus (Emmanuel de Buretel, patron de Virgin France, qui signe
très tôt Daft Punk, Air, Cassius et les compilations Respect). Mais quand on
a dit ça , le mystère demeure entier. Pourquoi cette house populaire et racée,
matinée de funk et de disco, est-elle née en France ? En France où, jusque-là,
les managers des majors ne raisonnaient, pour les artistes français, qu’en termes
de marché français.
Ce livre retrace l’histoire d’un mouvement musical atypique . L’itinéraire d’une
génération de jeunes producteurs talentueux. Ses jolis contes et ses moins belles
histoires. Les travaux solitaires derrière les machines. La magie d’Homework,
premier album des Daft Punk, la majesté de Pansoul de Motorbass, la science
du dancefloor du Superdiscount d’Etienne de Crécy. Les DJ sets au bout du monde.
Les pionniers de Chicago qui se mettent à genoux devant les Daft Punk de Montmartre.
Les coulisses du succès, l’argent facile, la gloire rapide. La déflagration
« Music Sounds Better With You » de Stardust et les collaborations qui finissent
mal. Les coups bas, les trahisons. Les exportations d’albums français multipliés
par trente en dix ans. Le passage rapide d’une scène underground à la reconnaissance
internationale. La surexploitation par la pub, les excès et les gueules de bois
de lendemain de fête. Une histoire assez humaine, en fin de compte. Une belle
histoire.
© Le Castor Astral 2005